20/09/2022

BLOG | Art & Numérique : luxe, calme et NFT

Par Philippe Chrétien - CTO - Klee Group
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Le 28 février 2022, une loi est promulguée permettant en France la vente aux enchères des œuvres d’art immatérielles. Pour être plus exact des « meubles incorporels », comme le précise le Journal Officiel en ligne . Les techno-érudits vous parleront quant à eux de jetons non fongibles ou NFT.

C’est l’occasion de faire le point sur la façon dont le numérique a percuté l’art ces dernières années, impactant à la fois le marché et les œuvres. Si les œuvres deviennent immatérielles, le marché n’a pas attendu et a opéré sa mutation numérique depuis quelque temps déjà. Quant aux NFT – les fameux meubles incorporels-, ils promettent une convergence avec des plateformes commerciales mais ils clivent les opinions et rencontrent un engouement à la hauteur du rejet qu’ils suscitent.


Quand une œuvre numérique bat des records

L’art est parfois un mystère. Salvator Mundi est-il un vrai Vinci ou « juste » le travail de son atelier ? Ce qui est sûr c’est qu’il a fallu presque un demi-milliard de dollars au prince saoudien Mohammed Ben Salmane, connu aussi sous l’acronyme MBS, pour l’acquérir. La petite polémique sur l’origine de l’œuvre ne lui a pas permis d’intégrer les collections du Louvre Abou Dhabi où il était pourtant attendu tel le messie.

L’art est parfois un mystère. Salvator Mundi est-il un vrai Vinci ou « juste » le travail de son atelier ? Ce qui est sûr c’est qu’il a fallu presque un demi-milliard de dollars au prince saoudien Mohammed Ben Salmane, connu aussi sous l’acronyme MBS, pour l’acquérir. La petite polémique sur l’origine de l’œuvre ne lui a pas permis d’intégrer les collections du Louvre Abou Dhabi où il était pourtant attendu tel le messie.

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Léonard de Vinci -ou pas-, “Salvator Mundi”

(Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Salvator_Mundi_(version_Cook))

 

Les artistes vivants sont plus accessibles !

Il vous suffira de 90 millions de dollars pour vous offrir le lapin chromé de Jeff Koons et à peu près le même montant pour une célèbre piscine, période californienne, de David Hockney. Quant au troisième artiste vivant le plus cher au monde, il vous en aurait couté 70 millions de dollars. Il s’agit de Everyday : the First 5 000 Days de l’artiste américain Beeple.

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Jeff Koons, "Rabbit" (© Santi Visalli/Getty Images)

 

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David Hockney, "Portrait of an Artist (Pool with Two Figures)"

 

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Beeple, "Everydays : The First 5 000 Days"

 

 

Koons, Vinci, Hockney sont connus, reconnus, il est probable que vous ayez déjà croisé une de leur œuvre dans l’un de nos magnifiques musées européens, dans la rue ou bien lors d’une exposition temporaire. En revanche pour Beeple il vous faudra utiliser (encore) votre écran, car il est question d’une œuvre numérique, qui plus est, vendue sous la forme de NFT chez Christie’s. Christie’s, Sotheby’s, Drouot, Artcurial… sont des maisons de vente aux enchères. Elles vendent au marteau des œuvres d’art et ont pris le virage du numérique avec les NFT. Les mécènes et l’argent semblent indissociables de l’histoire de l’art, ou plutôt du marché de l’art.

 

La transformation numérique du marché de l’art

Quels sont les défis que le numérique représente pour ce marché ?

Loin de l’image traditionnelle, bois, velours et cuivre, les maisons de vente aux enchères ont toujours vécu avec leur temps. Modernisant les enchères dès l’apparition du téléphone et usant des nouvelles technologies pour optimiser leur travail en mondialisant tant le marché des collectionneurs que celui des artistes.

Il fut un temps où Paris était la place tournante du marché de l’art contemporain avant que celui-ci ne prenne un transatlantique et s’installe à New York. Notre vie pandémique semble élever la future place de marché plus près du ciel dans un nuage rempli de NFT. Attention, la météo est capricieuse. Et s’il est possible que les NFT soient la révolution promise, il est tout aussi possible que le nuage se disperse comme ces bulles spéculatives qui ont explosé au début des années 2000. Les maisons traditionnelles s’adaptent. Le numérique aura néanmoins fait des victimes. Les catalogues des côtes ont basculé depuis 15 ans dans le numérique avec l’apparition d’un nouvel acteur Artprice.

 

Demeure du Chaos, siège de Artprice

C’est aux abords de Lyon que se trouve un lieu étrange, cyberpunk, post industriel : la demeure du Chaos. Conçu et fabriqué par Thierry Ehrmann, artiste et homme d’affaire, il s’agit d’un musée contemporain qui abrite les locaux d’Artprice.

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Demeure du Chaos (Crédits : Demeure du Chaos)

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Thierry Ehrmann, fondateur de la Demeure du Chaos et de Artprice, dans son bureau (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

 

Avant il existait des catalogues d’artistes, des catalogues d’œuvres. Akoun est un dictionnaire des artistes peintres datant de 1984. Le Bénézit, quant à lui date de 1911, il constitua longtemps un catalogue de référence des peintres, sculpteurs et dessinateurs et graveurs.

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Edition de 1924, source : Wikipédia

 

Ces dictionnaires ont été conçus à l’époque du papier, et comme un fameux guide rouge, ils étaient édités chaque année. Artprice a révolutionné cette pratique en s’appuyant sur le numérique et en collectant toutes les ventes au niveau mondial. Leur base de données est désormais riche de centaines de milliers d’artistes, et œuvres.

« Artprice propose la plus exhaustive des banques de données au monde avec 773 399 artistes recensés et 13 484 600 prix de vente, dont 910 000 lots référencés sur les 12 derniers mois, en provenance de 6 300 maisons de ventes aux enchères dans le monde. » Source : artprice.com

 

La data c’est le nerf de la guerre !

Artprice vend l’accès à ces informations et constitue désormais un acteur fort du marché de l’art dans le monde. La mise en réseau lui permet de disposer d’une cote mondialisée des artistes. Artprice édite chaque année un rapport où sont analysées et consolidées les ventes. On y lit l’évolution financière du marché, son déplacement vers l’Asie, l’émergence des artistes africains et bien sûr l’apparition brutale des NFT notamment dans sa conjugaison avec des formes d’art comme le street-art.

 

La révolution NFT ?

A la découverte des crypto punks

Je vous ai parlé en introduction de Beeple alias Mike Winkelmann, la nouvelle star des NFT et plus largement de l’art numérique. Mais connaissez-vous les crypto punks ?

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Je suis allé sur la plateforme leader des NFT, à savoir OpenSea pour effectuer cette petite sélection de crypto punks avec leurs valeurs en éthers (et en dollars). Ils coutent aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de dollars (jusqu’à plus de 10 millions de dollars). Ils ont été générés par une IA, ils sont 10 000 et sont certifiés dans une blockchain NFT, les ventes se font dans la cryptomonnaie éther dont vous pouvez suivre ici le cours sur le site du Nasdaq.

 

The Currency

L’art génératif a inspiré l’artiste pointilliste Damien Hirst qui a imaginé une œuvre intitulée « The Currency ». Les acheteurs avaient deux mois après l’acquisition de leur œuvre en NFT pour décider entre la version numérique et la version papier. Mettre l’amateur face à un choix, c’est l’obliger à se questionner sur les NFT. Et au vu du titre de l’œuvre on peut y voir un questionnement sur leur possible valeur spéculative ?

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The Currency – version papier - Damien Hirst

Liste des NFT les plus chers de 2021 :  https://news.chastin.com/top-10-des-ventes-nft-en-2021/

 

La technologie NFT, Non Fungible Token

 

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Pause Normande

Ces incursions nous ont conduits sur des chemins plus proches de la bourse que de l’art. L’art et le numérique c’est aussi l’utilisation de techniques numériques pour produire des œuvres singulières. David Hockney, a basculé dès 2013 sur iPhone pour créer des œuvres. Lors du confinement, il est passé sur son iPad pour créer des tableaux lumineux depuis le pays d’Auge en Normandie.

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David Hockney dans son studio en Normandie, le 24 février 2021
©David Hockney, Jonathan Wilkinson

 

Révolution, évolution ?

Comme nous l’avons vu avec l’exemple ArtPrice, le marché a déjà opéré sa transformation. Les grandes maisons comme toutes les entreprises s’appuient désormais sur les leviers offerts par le numérique pour offrir des services en ligne à leurs clients. Comme nous l’observons partout, cela conduit à une mondialisation du marché et aussi des artistes avec son cortège d’avantages et inconvénients que nous commençons à bien connaitre avec les places de marché mondialisées du e-commerce.

Les œuvres quant à elles viennent d’entrer de façon fracassante sur le marché. Opensea ou binance vendent des NFTs comme des actions et cherchent à renverser un marché accaparé par des noms célèbres. Les amateurs de crypto et les geeks plébiscitent Binance ou Opensea pendant que d’autres affichent leur scepticisme. L’immatérialité de l’œuvre dérangera certains boomers alors même que certains milléniaux sont nés dans notre monde mi-réel, mli-virtuel et ne comprennent pas ces réticences. On pourrait croire à un énième combat des anciens et des modernes, comme le fut le street-art ou l’impressionnisme. Le clivage est plus subtil, car les NFTs rencontrent une opposition croissante part leur empreinte carbone démesurée. En conséquence de nombreux milléniaux, soucieux de note planète, les rejettent. La volatilité des cryptos, certains échecs retentissants de produits NFT, la crise financière actuelle, la crise énergétique... bref les NFT entrent dans une belle zone de turbulences.

En attendant, je me demande quel crypto-punk je vais pouvoir m’offrir.
https://opensea.io/collection/cryptopunks

Et vous, quel crypto-punk allez-vous choisir ?